Ca change les choses d’être papa… Je sens déjà cette mutation mystérieuse qui commence : je m’inquiète pour n’importe quoi, mon vocabulaire se transforme, je m’intéresse à des choses qui… euh… ne m’intéressent pas... D’ici quelques mois je serai un autre homme, aux yeux cernés de bonheur et aux paroles enrichies de mille et un babillages.
Je me suis surpris l’autre jour, alors que j’étais concentré sur la rubrique “Affaires” du journal (Entre-nous, c’est la seule partie du journal que je trouve digne d’intérêt. Il n’y a pas de bande dessinée dans les autres.) Je me suis donc surpris, disais-je, à lire le début d’un article de la section suivante. Déjà que lire plus loin que le titre d’un article n’est pas dans mes habitudes, je réalisai avec effroi qu’il s’agissait de la rubrique “Parents”. Pas de doute, ma transformation a bel et bien démarré.
L’article parlait d’un sujet sans le moindre intérêt, à savoir les enfants qui sont difficiles à table. Il semblerait que ce soit partiellement génétique, certains allant jusqu’à s’évanouir quand on leur parle de fruits ou de légumes. Je prends des notes, ça peut s’avérer pratique pour mettre les enfants au lit :
- “Papa, papa, j’arrive pas à dormir… Tu me racontes une histoire?”. - “Bien sûr mon petit! Allonges-toi dans ton lit.” (Il s’exécute.) - “Alors c’est l’histoire de… Epinard! Brocoli! Asperge! ” - “Pouf! … Zzzzz…”
Je poursuis ma lecture, pressé de découvrir les qualités qui pourraient faire de moi un papa-modèle-dont-l-enfant-mange-ses-petits-pois. Je jubile déjà à l’idée de pouvoir me moquer de tous ces parents indignes et maladroits qui n’y parviennent pas… Héhéhé!
C’est là que je comprends enfin pourquoi l’évolution nous a dotés de certaines caractéristiques à la pertinence discutable, comme le machiavélisme, la mythomanie, ou l’art de la guerre. Maintenant tout est clair, ces traits de l’humanité qui paraissent défavorables au premier abord sont tout simplement indispensables pour être un bon parent, et en particulier pour faire manger des légumes aux enfants. Il s’agit donc d’un avantage évolutif indéniable, acquis chèrement au fil des générations. J’ai une pensée émue pour les parents préhistoriques, profondément honnêtes, sincères et pacifistes, qui n’avaient aucune chance face à leurs bambins.
Je recueille donc les différentes stratégies, avec la fébrilité d’un disciple de Sun Tzu qui a bien compris que la victoire s’obtient bien avant la bataille :
- Cheval de Troie : (classique!) introduire des légumes dans divers aliments (purées, gâteaux, muffins, milk-shakes, …) - Propagande : présenter les légumes sous un angle plus politiquement correct. “Qui veut des fulguro-épinards à la sauce Goldorak ?”. - Guerre psychologique : “ Surtout ne touchez pas aux super-brocolis que j’ai mis sur la table, c’est seulement pour les grandes personnes!” (S’absenter quelques minutes…) - Lavage de cerveau : faire gouter le maximum d’aliments différents à l’enfant avant l’âge de 2 ans, tant qu’il est incapable de contester.
Fort de ces enseignements, j'attendrai bébé de pied ferme...
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· 5/11/2007 - ouao la bataille sera dure
Tu as oublié tout un tas de tactique que les psychologuqes réprobent mais qui peuvent marcher (la disuasion : "si tu ne mange pas, tu n'es pas capable de rester à table, tu va donc finir seul dans la pièce à coté", la peur "à 3 , papa se fache"...Evidmment ces armes de destructions massives sont à manier avec précautions et partimonies.